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Ce document est la synthèse des contributions sur le forum lancé par la SMF, de diverses autres réactions qui m'ont été communiquées à titre personnel et du débat qui a eu lieu lors de l'AG de la SMF du 19 juin.

Il est volontairement court et n'aborde que les questions spécifiques à notre discipline. Un nouveau texte, commun cette fois-ci avec la SMAI, sera élaboré au cours du mois de juillet. Merci d''envoyer vos réactions et propositions à smf-debats@smf.ihp.jussieu.fr

Sauvons la recherche : quelles propositions pour les mathématiques ?


Alors que la situation de la recherche mathématique en France était ces
dernières années reconnue au niveau mondial pour son dynamisme et sa
qualité scientifique, trois caractéristiques importantes rendent la
situation  particulièrement critique à l'heure actuelle.

Les mathématiques font partie, avec les Sciences et Technologies de
l'Information et de la Communication (STIC), les Sciences de l'Ingénieur
(SPI), les Sciences Sociales et les Sciences Humaines, d'un groupe de
disciplines où l'enseignement supérieur  est  dominant à plus de 80 %.
La biologie, les sciences de l'Univers, la physique et la chimie
comptent une proportion beaucoup plus importante de chercheurs  et dans
ces disciplines les enseignants-chercheurs ne représentent que la moitié
des effectifs.

Les effectifs étudiants en mathématiques à l'Université, après être
restés longtemps stables, ont baissé de 25 % en quatre ans. La baisse du
nombre des étudiants se manifeste aussi de manière diverse en physique,
en chimie et même parfois en informatique.  Cette baisse a des causes
multiples, que la SMF cherche à comprendre sans idée préconçues
au travers de sa commission enseignement, et se manifeste dans tous les
pays développés dès l'enseignement secondaire. Une des spécificités du
système français est la dualité entre classes préparatoires et
universités, entre universités et grandes écoles, qui induit de nombreux
effets  pervers, la réflexion de la SMF ne doit  donc pas se limiter aux
seuls étudiants de l'Université. Effet mécanique de cette baisse
d'étudiants universitaires, consécutif aux procédures actuelles de
renouvellement des postes, les effectifs de maîtres de conférence de
mathématiques sont eux aussi en baisse significative, passant de  2128 en
2002 à 2057 en 2003. Autrement dit l'effet des redéploiements de postes
où les mathématiciens sont perdants commence à se faire sentir et la
baisse du nombre de mathématiciens professionnels est amorcée. Cette
évolution représente une dégradation importante et rapide de la situation
pour les
jeunes chercheurs. Il y a cinq ans, 140 postes permanents de maitres de
conférences, chercheurs CNRS et chercheurs INRIA étaient pourvus par des
mathématiciens et mathématiciennes chaque année et plus de 35 % des
docteurs de mathématiques  trouvaient un poste dans l'enseignement
supérieur ou la recherche dans les deux ans après leur thèse. En 2004, le
nombre total de postes mis au concours dans l'enseignement supérieur et la
recherche dépasse à peine la centaine, d'où l'accumulation d'excellents
candidats sur des postes d'attente 

Les départs à la retraite sont nombreux dans notre discipline dans les
toutes prochaines années, alors que c'est beaucoup moins le cas en STIC et
en SPI par exemple: une centaine dès 2004 , plus de 130 en 2008-2009.
Si les recrutements nouveaux (hors promotions) continuent à être
inférieurs à ces départs, cela se traduira par une accentuation de la
récession qui a déjà commencé.

Un véritable cercle vicieux est donc déjà à l'oeuvre : recrutement limité
dans les organismes de recherche, où nous sommes trop peu présents et
trop peu influents, recrutements universitaires à la baisse du fait de
la diminution des effectifs étudiants, avec pour conséquence le
non remplacement des départs à la retraite, et des menaces sur les
nouvelles générations de mathématiciens, qui engendrent un
découragement généralisé, et induiront une nouvelle baisse des effectifs
étudiants.

Nous devons nous inscrire au contraire dans un cercle vertueux de
développement des capacités de recherche mathématique de notre pays.

En effet, dans un rapport à l'Académie des Sciences « Les mathématiques
dans le monde contemporain », rédigé essentiellement par des
non-mathématiciens, toutes les grandes disciplines scientifiques et
technologiques  insistent sur l'importance de la vitalité des
mathématiques
pour leur développement propre. Les interactions des mathématiques avec la
physique et l'astronomie restent un moteur fondamental du progrès de ces
disciplines. Les relations des mathématiques avec les sciences chimiques,
biologiques et économiques s'intensifient et se diversifient. La création
et le développement de cette discipline soeur qu'est l'informatique
révolutionne le paysage scientifique et stimule de nouvelles recherches
mathématiques. Régulièrement, des recherches internes aux mathématiques et
sans connexions immédiates avec des domaines d'applications, menées au
départ pour la seule satisfaction de  la curiosité intellectuelle des
mathématiciens, ont des applications pratiques inattendues. L'utilisation
imprévue et rapide, en quelques années voire en quelques mois, d'une
découverte mathématique dans le domaine technologique est désormais un
phénomène courant.

La France ne peut donc se passer d'une communauté mathématique nombreuse,
d'une grande qualité scientifique, développant le coeur de sa discipline
tout en s'ouvrant d'avantage au dialogue avec les autres secteurs de la
science et de la technologie. La reconnaissance de l'importance des
mathématiques au niveau de la commission européenne et le soutien par
cette même commission de leur développement pour elles-mêmes et dans leurs
relations avec le monde extérieur est essentiel dans cette perspective. Si
des moyens supplémentaires sont évidemment indispensables pour ce faire,
il y a aussi beaucoup à améliorer dans nos pratiques. Un effort sans
précédent doit être fourni par la communauté mathématique pour développer
davantage les activités de recherche interdisciplinaires, les lieux de
rencontre avec les entreprises, les filières d'enseignement pour
non-mathématiciens, et travailler à faire prospérer la recherche
mathématique
dans un grand nombre de grandes écoles.

Dans un secteur aussi fondamental pour l'ensemble des sciences que les
mathématiques, on ne peut se satisfaire d'un pilotage des moyens
accordés à la recherche par le seul  nombre des étudiants universitaires
dans la discipline, et il est essentiel que l'Etat,
les organismes de recherche, les universités et les grandes écoles
définissent ensemble une politique de développement de la recherche
mathématique dont les moyens humains ne se basent pas sur les seuls
besoins de l'enseignement.

Si les gros bataillons des mathématiciens sont universitaires, le CNRS a
joué et continue de jouer un rôle structurant important pour notre
communauté. La recherche mathématique s'appuie un tissu de laboratoires
pluri-thématiques de tailles variées distribués dans tout le pays et
copilotés par le  CNRS, les Universités et un nombre trop restreint de
grandes écoles. Ce copilotage nous semble essentiel au maintien de la
qualité de la recherche. Nos grands instruments (CIRM, IHP, Math Doc,
Réseau des Bibliothèques de Mathématiques, Mathrice, IHÉS)
sont nationaux, et le soutien du CNRS leur est indispensable.
Il est donc  essentiel que les changements qui s'amorcent au CNRS prennent
en compte les besoins et les particularités des mathématiques et
confirment l'engagement du CNRS au côté des mathématiciens.

Dans notre discipline, recherche et enseignement sont étroitement liés.
Une amélioration des passerelles entre ces deux piliers de l'activité
académique  correspond à une attente de notre communauté.
Il est en particulier indispensable de donner plus de temps pour la
recherche à un beaucoup plus grand  nombre d'enseignants-chercheurs qu'à
l'heure actuelle. C'est particulièrement vrai pour les  jeunes maîtres de
conférences en début de carrière.  Cet effort passe dans les universités
par la création de postes d'enseignant-chercheurs liés aux nécessités de
la
recherche, et  dans les organismes de recherche (CNRS, INRIA, ...) par
la création d'emplois supplémentaires destinés à des accueils. Il
permettra de rendre plus attractives les perspectives de carrière pour les
jeunes, tout en augmentant le potentiel de recherche.

Un appel d'offre de type ACI pour développer les interactions des
mathématiques et accordant  des  allègements de service d'enseignement
aux bénéficiaires permettrait d'augmenter  le nombre de mathématiciens
travaillant au contacte des autres disciplines scientifiques et les
entreprises. Un système d'années en plein temps de recherche au sein de
laboratoires d'autres disciplines qui se montreraient prêts à accueillir
un mathématicien ou une mathématicienne pourrait être mis en place.
Dans les conditions actuelles, il est en effet quasiment impossible à un
enseignant-chercheur de continuer ses travaux, d'assurer un enseignement
de qualité et de faire un effort d'ouverture interdisciplinaire. En ce qui
concerne l'enseignement et la diffusion des connaissances, un autre appel
d'offre pourrait accorder des allègements de service d'enseignement aux
collègues ayant un projet convaincant en matière de mise en place
d'enseignements vers de nouveaux publics, de formation continue, ou
d'élaboration de documents mis en ligne tournés vers un public plus large
que celui des étudiants.

En résumé, il n'est pas possible de laisser continuer la dérive
actuelle qui constitue une menace pour l'avenir même de l'école
mathématique française. Il appartient à la communauté des mathématique de
réagir. Les nouvelles orientations qui vont être décidées pour l'ensemble
du dispositif de recherche national peuvent permettre de redresser la
situation à condition que l'importance pour  la science française et
européenne d'une communauté mathématique dynamique, nombreuse, ouverte au
dialogue avec les autres secteurs de la science et de la technologie, soit
reconnue par le pouvoir politique national et européen, les universités,
les grandes écoles  et les organismes de recherche.





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