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Message de J. Marchand sur la liste mathdebat, le 29 mars 2004




Bonjour,

Suite à la réunion de lundi dernier, j'avais noté quelques remarques, idées,
vagues propositions pas politiquement correctes du tout. Je me permets de vous
les livrer, sans détours. C'est très probalement essentiellement des banalités
pour vous, des propos erronés, faux, ou idiots ou vraiment pas "présentables", 
mais tant pis...  J'abuse de votre écoute.

Bien cordialement,

Joel Marchand

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* question de la gouvernance des universités

-> vu des ITA (de Chevaleret, mais aussi via Mathrice, et pas mal de
collegues), les universités marchent encore plus mal que le CNRS. Cela ne semble
pas demain la veille qu'elles auront la capacité effective de se "manager"
efficacement.

Cela passerait par une évolution très nette du ratio au sein des IATOS entre
les personnels de catégorie C (parait-il plus de 50%) et les personnels de
catégorie A. De plus, il faudrait que ces derniers soient imprégnés de la
double-fonction enseignement/recherche des universités, ce qui en général
n'est pas le cas (nombreux témoignages en ce sens).
Cela me semble donc un objectif réaliste uniquement à long terme.

Mais de ttes facons, je trouve que Univ+EPST+ministere souffrent qd meme pas
mal de l'absence justement d'outils de management. C'est souvent incroyable la
non/mauvaise information des décideurs, leur incapacité à interagir vraiment
avec la réalité, etc.

J'ai souvent le sentiment qu'au lieu de vouloir changer les structures, soit
disant inefficaces, par d'autres plus efficaces sur le papier (mais qui ne le
seraient pas plus avec les memes personnes !), on ferait mieux de se
concentrer fortement et durablement sur justement la seule vraie matiere
premiere de nos entreprises, cad les personnes.


* question de la mobilité chercheurs/enseignants-chercheurs

-> si on évite le débat frontal "fusion ou pas des deux corps", quelles
garanties peut-on proposer, s'engager à mettre en oeuvre, pour qu'elle soit
plus effective que les voeux pieux que l'on répète depuis des lustres ?
Je ne sais vraiment pas bien, mais cela me semble souvent aussi un débat
très "y'a qu'a - faut qu'on".

Pourquoi par contre ne pas envisager de charger de manière quasi impérative
les CR et DR de roles d'interet commun au sein des labos ? Histoire justement
de décharger les MdC/PR de ces taches, vu qu'ils ont deja tout l'enseignement.

Je pense par exemple à

- communication interne et externe du labo notamment
serveur Web
intranet
eprints : theses + preprints
- relation avec les autres entites de l'université, avec les tutelles,
  avec la société civile, les entreprises,

  - gestion de la bibliotheque, des abonnements

- colloquium, ecoles d'ete, ...

Bref des taches qui justement donnent une vie et une visibilité au labo.

C'est un peu ce qui semble se passer à l'IMJ, mais est-ce si général que cela ?
Et il semble que de ttes facons, il y ait des CNRS ici aussi qui ne
participent que très peu à la vie commune.

PS : je pense que le débat épineux du corps unique ne pourra pas etre évité,
ne serait-ce que parce que la CPU le pose clairement. 
Cf
http://www.cpu.fr/ActU/ActU.asp?Id=728&Inst=CPU


* role du CNRS en maths

Si j'ai bien compris, finalement, la situation actuelle est à l'inverse
de l'optique gouvernementale : CNRS = agence de moyens, car
en maths, le CNRS a peu de moyens, mais c'est lui qui fait la politique
scientifique. Et un consensus existe pour dire que ce n'est pas demain la
veille que la majorité des universités auront une vraie politique
scientifique, si le CNRS n'est pas là pour leur titiller fortemetn de le faire.

Comment sortir de cette contradiction ?


* dimensionnement du nombre des mathematiciens permanents

Encore une fois, si j'ai bien compris, le nombre actuel est avant tout issu 
d'un besoin d'enseignement. Celui n'est pas appelé à etre augmenté, voire meme 
peut baisser (cf la disparition annoncée des Master dans plein d'endroits).

Aussi est-il envisageable de faire comme en sciences de la vie ou de la terre,
et de décorreler le nombre de mathématiciens du nombre d'enseignants (à un
facteur 15% pres, les CR/DR du CNRS) ? Cad faire valoir l'utilité sociale
de plus de chercheurs en maths, pour la production de connaissances, comme
dans d'autres domaines ? Je suppose qu'il faudrait pouvoir argumenter
plus fortement qu'auj. sur l'apport social justement.


* recrutement local

Les maths sont visiblement fortement "en avance" sur les autres sciences.
Peut-etre faudrait-il le faire savoir plus fortement, pour justement montrer
la maturité de la dite communauté.


* politique de structuration

Là aussi, les maths semblent très en avance sur les autres disciplines.
Peut-etre faut-il l'expliquer plus crument.

Mais là encore, cela est orthogonal avec les projets très localisés et ciblés
comme "Du nerf". Quid d'une politique "d'aménagement du territoire", cad de
mise à disposition de manière la plus uniforme possible de moyens de bonne
qualité pour travailler (apport de brillants jeunes, outils documentaires et
informatiques, animation par les GDR, Ecoles d'ete, le CIRM, ...).

Faire valoir peut-etre qu'à la différence des sciences lourdes et chères où il
n'est pas possible de mettre un spectro. ou un microscope haut de gamme dans
chaque équipe, en maths, il n'est pas cher du tout de pouvoir doter beaucoup
de centres d'un environnement de qualité.


* argent

Est-il définitivement (à cause de l'UE, Bercy & cie) illusoire de rever à une
fusion des sources d'argent dans un seul pot commun, sans cloisonnement
Univ/EPST, fonctionnement/équipement, le tout librement reportable ? 

Cela semble etre un point qui fait un réel problème dans le quotidien de tout 
le monde, et qui est dérisoire vis à vis des sommes en jeu. Le temps 
de "gestion" de l'argent (et donc son cout) est meme tout à fait incroyable 
par rapport aux sommes. En temps de directeurs et d'ITA, c'est probablement
très cher. Il serait peut-etre meme intéressant d'essayer de l'estimer.

De meme l'Europe semble inaccessible pour les matheux, par justement ce ratio
énergie pour y accéder/argent potentiellement récupérable. Faut-il alors faire
un trait pragmatique sur ces fonds-là, ou peut-on rever d'une réforme ou
adaptation du coté de l'Europe ?


* administration

La communauté pourrait peut-etre franchir encore un pas en avant dans sa
structuration et sa modernité, en réfléchissant à l'harmonisation effective et
opérationnelle de son administration. Au lieu de subir les n demandes
différents des tutelles pour des dossiers, rapports, tous différentes, ne
serait-il pas possible, de se mettre d'accord entre le CNRS (Departement,
Comité National, Délégations Régionales), le Ministere (la MSPT), les
Universités, sur des objets communs ?

On pourrait meme imaginer une révolution complète : au lieu que les tutelles
demandent des infos sous une forme particulière, la communauté pourrait
s'engager à avoir de manière permanente (avec donc contrainte forte de
l'actualiser régulièrement) à la disposition de qui le veut le coeur central
de ces informations à fournir. Il n'y aurait alors plus qu'un "chapeau"
léger et vraiment adapté à faire pour chaque dossier. Ce serait alors à la
tutelle d'aller piocher dans les infos mises à disposition. Un renversement
complet des roles en fait.

Avec les gens de Mathdoc, on aurait sans doute les compétences en interne pour
concevoir ce Système d'Information un peu global. Cela aurait en plus la vertu
de donner une visibilité nettement meilleure à tout le monde de l'activité de
chacun. Cela serait bien sur une approche radicalement duale à Labintel par
ex. qui est un trou noir, vu des laboratoires. 

Mais bien sur, je sais que c'est une assez grande utopie, ne serait-ce que
lorsqu'on regarde un peu les sites Web des labos, ou les infos qu'arrivent à
collecter Mathdoc (theses, preprints, etc...)


* question des grands centres

Meme si cela est peut-etre peu adapté scientifiquement (je n'ai bien sur pas
d'avis à donner), cela aurait qd meme une vertu du coté des ITA. Cela les
sortirait de leur isolement, leur donnerait une échelle de travail plus
intéressante et donc valorisante. Il serait alors plus envisageable d'avoir
des agents de catégorie A (IR, IE), pour justement jouer le role de cadre,
comme le font par exemple Rosita Monchanin et Annie Touchant ici.


* crise actuelle sur les postes

Là, clairement, je sais que je sors "des rails", mais tant pis.
Vous m'accorderez sans doute qu'il est connu qu'une fraction, certes
faible, des permanents actuels (tout corps et grade confondu), n'ont quasiment
plus d'activité au sein de leur structure. Juste autour de moi, j'en vois et
j'entends souvent ce discours. Je ne peux m'empecher donc d'etre
choqué profondément devant la casse qui est en train de s'opérer auprès de
centaines de jeunes, largement sélectionnés et testés, en regardant en meme
temps le silence assourdissant sur les situations abusives précédentes.

N'est-il pas socialement moral de demander, dans les contraintes
actuelles, AUSSI un effort aux plus agés des permanents ? Accepter une
cessation progressive d'activité ou une mise à la retraite anticipée, pour un
permanent sans grande activité, ne constituerait quand meme pas un drame pour
lui, ou pour son niveau de vie. 

Par contre, on est en train de faire vivre des années très difficiles, 
dans la précarité, pour au final, un avenir largement assombri et dévalorisé 
à plein de jeunes, qui ne ressortiront pas indemnes de ce long stress.

C'est la contradiction la plus forte qui actuellement me fait craindre le
pire, quant aux conséquences sociales (et notamment l'envie pour les futurs
jeunes à continuer dans cette voie) possibles. Il ne me semble pas qu'une
société se projette dans l'avenir, quand elle en est réduit, pour préserver
les acquis et les dérives de son 'confort' passé, qui ont profité aux plus
anciennes de ses générations actives, à imposer aux suivants des
contraintes très fortes, que n'ont bien sur jamais connues ceux qui les
imposent, et qui se verraient très mal subir pour eux-memes.



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